Hélène Antoniadis-Bibicou (1923-2017)

Nous avons appris le décès d’Hélène Antoniadis-Bibicou, ancienne membre du CFEB, le 13 juin 2017 à l’âge de 94 ans. Née en 1923 à Athènes, elle rejoint en 1940 les rangs de la Ligue des jeunes communistes de Grèce (OKNE) puis, sous l’occupation, la résistance au sein du Front de libération nationale (EAM) ; à ce titre, elle fut l’un des membres fondateurs de la section du Pirée de l’Organisation de la jeunesse unie panhellénique (ΕΠΟΝ). Écrivant dans un journal clandestin, La jeunesse d’Athènes, elle s’inscrit dans le même temps à l’Université d’Athènes (département d’histoire et archéologie) où, marquée par la rencontre de D. Zakynthinos, elle est diplômée en 1945. À la libération, elle prend part à la fondation de l’Union Franco-Hellénique des Jeunes et obtient avec l’appui d’Octave Merlier, directeur réinstallé de l’Institut français d’Athènes, une bourse du gouvernement français qui lui permet de fuir la guerre civile et de s’installer à Paris en 1947. Étudiante dans un premier temps à l’EPHE (IVe section), elle intègre le CNRS en 1951, et à partir de 1955 elle fréquente assidûment les séminaires de Paul Lemerle à l’EPHE aux côtés de quelques compatriotes, tels Nicolas Svoronos ou Hélène Glykatzis [Ahrweiler]. Elle y présente régulièrement le fruit de recherches qui ne donneront pas forcément lieu à des publications. Elle rejoint ensuite la fameuse VIe section de Fernand Braudel à l’EPHE (devenue EHESS en 1975), lequel exerça sur elle une influence décisive. Elle y anime à partir de 1965 un séminaire d’« Histoire économique et sociale de Byzance et de la Grèce moderne » dont l’activité se maintiendra sur près de 30 ans. Elle publie en 1963 son maître-livre, Recherches sur les Douanes à Byzance, dans la collection des Cahiers des Annales qu’il dirige. Durant la période de la dictature des colonels en Grèce, fidèle à ses engagements politiques, elle est choisie comme secrétaire générale du Mouvement gréco-français pour une Grèce libre que préside Roland Dumas. Son mari Antoine Antoniadis est alors le correspondant parisien du journal grec Le Radical (Rizospastis) émanation du Parti communiste hellénique (KKE), et à la mort de celui-ci, en 1983, Hélène Antoniadis-Bibicou en devient à son tour la correspondante jusqu’en 1991. On relèvera encore, aux côtés de ses multiples activités éditoriales et associatives (Cahiers Pierre Belon, Association internationale du Sud-Est européen avec André Guillou, etc.), dans la liste de ses publications byzantines peu nombreuses mais portant à la fois sur l’économie (prix, salaires), la fiscalité, la démographie, l’habitat, l’enfance, ou la marine byzantine, un volume collectif insolite sur le Féodalisme à Byzance paru en 1974 dans la collection des « Recherches internationales à la lumière du marxisme », où plusieurs contributions d’historiens de pays communistes recevaient leur première traduction française. Des Mélanges lui ont été dédiés en 2007 sous le titre Byzantina et Moderna (éd. G. Grivaud et S. Petmezas) où contribuèrent de nombreux élèves ayant soutenu sous sa direction des thèses d’histoire contemporaine. Elle a été inhumée au cimetière de Zographou à Athènes le samedi 17 juin 2017.

Olivier Delouis