Parution du Livre des Cérémonies (2020)

CORPUS FONTIUM HISTORIAE BYZANTINAE

VOLUMEN LII

CONSTANTIN VII PORPHYROGÉNÈTE

LE LIVRE DES CÉRÉMONIES

SOUS LA DIRECTION DE

GILBERT DAGRON (†) ET BERNARD FLUSIN

avec la collaboration de Michel Stavrou

L’histoire médiévale vient de connaître un accomplissement remarquable : l’édition avec commentaire du recueil connu sous le titre conventionnel de De cerimoniis, ou Livre des Cérémonies, pierre angulaire pour notre connaissance de la société byzantine, de son gouvernement, de son administration, de sa vie festive, séculière et religieuse, que domine la figure de l’empereur byzantin qui, de son palais à la cathédrale Sainte-Sophie ou aux Saints-Apôtres, déambule dans Constantinople, ville merveille qui éblouissait les contemporains d’Orient et d’Occident. 

Cette entreprise d’inventaire et de restauration des rituels byzantins fut lancée au milieu du 10e s. par un souverain lettré, Constantin VII, figure de proue de la renaissance intellectuelle byzantine dite macédonienne, dont le règne s’étend de 913 à 959. Le recueil regroupait les protocoles du cérémonial de la cour impériale : le Livre I présente les cérémonies religieuses de l’année liturgique, mais aussi les cérémonies civiles comme les promotions de fonctionnaires ou les courses de chars ; le Livre II, légèrement postérieur, complète le Livre I,  mais s’élargit à la diplomatie, avec en particulier les grandes réceptions d’ambassadeurs arabes, ou de la princesse russe Olga. Son intérêt ne se limite pas au 10e siècle, les cérémoniaux anciens qui sont recopiés formant une série qui commence aux 5e et 6e siècles. Furent ajoutés des chapitres fascinants, qui s’écartent du thème du recueil et nous livrent les comptes financiers d’expéditions militaires récentes en Syrie, en Italie et en Crète, qu’édite Constantin Zuckerman (École pratique des Hautes Études). 

Comme presque toutes les traces directes de l’administration byzantine du Moyen Âge central ont disparu, le De cerimoniis, préservé dans deux manuscrits, dont un palimpseste peu exploitable, est le seul texte à nous placer au cœur du pouvoir et de sa représentation, et dans la durée ; une bonne partie des protocoles remonte en fait à Michel III (842-847), le dernier empereur de la dynastie d’Amorium au milieu du 9e s., ou même aux Isauriens iconoclastes du VIIIe s., et le texte intègre plusieurs couches d’annotations. Il reproduit de longs extraits du recueil de Pierre le Patrice, maître des offices sous Justinien au 6e s., dont traite Denis Feissel (CNRS et École pratique des Hautes Études), et manifeste ainsi le fort lien de continuité entre la civilisation byzantine et celle de l’antiquité romaine tardive. 

Le texte, d’abord édité par Johan Jacob Reiske (1716-1774), dont le travail est repris dans le Corpus de Bonn (1829), puis, incomplètement, par Albert Vogt (1935-1939), réclamait depuis longtemps une réédition complète, mais la complexité philologique et historique du dossier épouvantait à juste titre. Il fallut plus de 30 ans pour que ce grand chantier scientifique de la byzantinologie française, lancé par Gilbert Dagron (1932-2015) au Collège de France, aboutisse sous la direction de Bernard Flusin (Sorbonne Université et École pratique des Hautes Études) à cet édifice imposant de près de 3 000 pages, en 5 tomes et 6 volumes. 

Comprenant l’original grec, rendu accessible au plus grand nombre par une traduction intégrale en français, d’abondants commentaires, un glossaire et des index, ce nouvel outil marque une date pour les études byzantines et suscitera, tant sa richesse est séminale, des études neuves non seulement dans le champ byzantin, mais aussi de la part de médiévistes d’Occident qui s’intéressent au pouvoir impérial et plus largement de ceux qu’interroge l’héritage européen de Byzance.

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Lettre du CFEB à l’AIEB et aux comités nationaux de l’AIEB sur Sainte-Sophie

Paris, le 26 juin 2020

Le Comité français des Études byzantines, membre de l’Association internationale des Études byzantines, a été informé par les médias français et internationaux d’un projet conduit par le gouvernement de la République de Turquie visant à changer le statut de Sainte-Sophie / Hagia Sophia, à Istanbul, pour faire de ce qui est actuellement un musée ouvert aux visiteurs et touristes, une mosquée.

Hagia Sophia n’est pas seulement un monument de la République de Turquie, elle est aussi un monument insigne de l’héritage patrimonial et artistique mondial, dont la valeur est universelle. Une telle décision constituerait une violation des dispositions internationales sur les monuments inscrits au Patrimoine mondial de l’humanité placés sous la sauvegarde de l’UNESCO. Elle ne manquerait pas par ailleurs de susciter la réprobation internationale, et d’altérer profondément les activités touristiques et les collaborations scientifiques. Le Comité français des Études byzantines souhaite donc manifester sa plus grande inquiétude à l’égard de ce projet, et à s’associer à son tour aux protestations de grande ampleur qui en contestent la réalisation.

The French Committee for Byzantine Studies (Comité français des Études byzantines, CFEB), a member of the International Association of Byzantine Studies (AIEB), has been informed by French and international media of a project led by the Turkish government, aiming at changing the status of Saint Sophia / Hagia Sophia, in Istanbul, in order to turn what is currently a museum widely open to visitors and tourists into a mosque.

Hagia Sophia is not only a monument of the Republic of Turkey, it is also a unique and outstanding artistic heritage for the world, whose value is global. Such a decision would constitute a violation of international regulations on monuments defined as World Cultural Heritage placed under the supervision of UNESCO. It would arouse international disapproval, and profoundly alter tourist activities and scientific collaborations. The French Committee of ByzantineStudies therefore wishes to express its deepest concern about this project, and to join in the large-scale protests which contest its realization.

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Assemblée générale annuelle du CFEB (1er février 2020)

La prochaine Assemblée générale annuelle du Comité français des études byzantines se tiendra le samedi 1er février 2020 au Petit Palais de 10h15 à 13h. Vous en trouverez l’ordre du jour à télécharger ici (qui comprend une éventuelle procuration).
Raphaëlle Ziadé nous fera l’amitié de présenter ensuite, pour ceux qui le souhaitent, une icône de la Dormition récemment restaurée au Musée du Petit Palais.
Enfin, vous trouverez également à télécharger ici le RIB du compte bancaire du CFEB, puisque désormais les cotisations (d’un montant de 40 euros) peuvent être réglées par virement bancaire. Veuillez prendre soin de lire les instructions portées sur la convocation, à ce sujet.
Nous vous rappelons que seuls les membres (présents ou représentés) à jour de leurs cotisations, disposent du droit de vote.

Alain Ducellier (1934-2018)

Alain Ducellier est né à Paris le 5 mai 1934. Il a obtenu en 1957 un diplôme d’études supérieures en histoire byzantine sous la direction de Rodolphe Guilland, avant de soutenir sa thèse d’État en 1970 sous la direction de Paul Lemerle, intitulée Durazzo, Valona et la côte moyenne de l’Albanie du XIe au XVe siècle (publiée en 1981 à Thessalonique sous le titre La Façade maritime de l’Albanie au Moyen Age : Durazzo et Valona du XIe au XVe siècle). Coopérant en Tunisie, il a enseigné à la faculté des lettres de Tunis de 1962 à 1967, puis il a été élu maître-assistant à l’université de Toulouse en 1967, maître de conférences en 1971 et professeur d’histoire en 1973. Il a alors encadré à l’Université Toulouse II-Le Mirail plus d’une trentaine de thèses en histoire byzantine, histoire des Balkans et du monde musulman. Parmi ses nombreuses publications, on retiendra notamment Le Drame de Byzance. Idéal et échec d’une société chrétienne, Paris 1976, et Byzance et le monde orthodoxe, Paris 1986. Il s’est éteint à Toulouse le 29 septembre 2018.

Marie-Hélène Blanchet

David Jacoby (1928-2018)

Cette notice est une version abrégée de l’introduction que Michel Balard a rédigée pour un volume en l’honneur de D. Jacoby, et que, très aimablement, il a bien voulu nous transmettre et nous autoriser à utiliser pour honorer la mémoire de D. Jacoby.

David Jacoby (1928-2018), un passeur entre Orient et Occident

Né à Anvers le 24 février 1928 de parents d’origine polonaise et russe, David Jacoby passe en octobre 1942 en Suisse avec sa famille pour fuir les persécutions des nazis. Après la guerre il tente de parvenir clandestinement en Palestine sous mandat britannique, mais est saisi par les Anglais et conduit en Chypre. Il arrive en Palestine en décembre 1947. Après un engagement dans la Hagana, l’armée secrète juive, il sert dans les Forces de Défense d’Israel et est blessé pendant la guerre de 1948. A l’automne 1949 il commence ses études d’Histoire à l’Université hébraïque de Jérusalem. Marqué par l’enseignement de Joshua Prawer, il décide de se spécialiser en histoire du Moyen Age et plus particulièrement en histoire byzantine, spécialité que Prawer souhaitait introduire dans les programmes de l’Université hébraïque. Un choix décisif que vient conforter un séjour de deux ans à Paris où Jacoby prépare, sous la direction du grand byzantiniste Paul Lemerle, son doctorat portant sur « La démographie de la paysannerie dans l’empire byzantin tardif » (1958). Puis David Jacoby commença sa carrière académique à l’Université hébraïque aux côtés de Joshua Prawer et, à partir d’une spécialisation décisivement byzantine, élargit progressivement sa palette pour embrasser tous les aspects des échanges entre l’Orient et l’Occident, tous les acteurs d’une rapide expansion occidentale en Orient à partir du XIe siècle, et tous les lieux de commerce fondés ou développés par les marchands occidentaux, italiens, bien sûr, mais aussi catalans et languedociens. Il en est résulté plus de deux cents articles, regroupés pour la plupart dans neuf volumes de la série « Variorum Reprints » et qui couvrent une grande part de l’histoire de la Méditerranée au Moyen Age. Byzance, l’islam, les Juifs, les marchands occidentaux, les pèlerins, les Latins installés en Terre sainte, les réseaux commerciaux, les échanges culturels, rien n’échappe à l’attention érudite de notre collègue. Passeur entre l’Orient et l’Occident, David Jacoby, pour paraphraser un mot célèbre, fut vraiment « ce cavalier qui partit d’un bon pas » explorer un monde méditerranéen dont il sut, avec talent, depuis près de soixante ans, diffuser la connaissance auprès de la communauté scientifique la plus large.

Michel Balard

Mgr Paul Canart (1927-2017)

Monseigneur Paul Canart est décédé le 14 septembre dernier, à Bruxelles, à l’âge de 89 ans. Né à Cuesmes en Belgique le 25 octobre 1927, Paul Canart fut ordonné prêtre le 1er avril 1951 pour l’archidiocèse de Malines-Bruxelles. Il entama alors une carrière d’enseignant au collège Saint-Pierre à Bruxelles après avoir soutenu une thèse consacrée à Platon. Remarqué pour la qualité de ses travaux, il se vit confier en 1957 la confection du catalogue des manuscrits grecs de la Bibliothèque vaticane. Paul Canart dirigea ensuite le département des manuscrits de la Bibliothèque vaticane de 1984 à 1999. Il fut nommé vice-préfet de la Bibliothèque et fut élevé à la dignité de Protonotaire apostolique le 31 mars 1999. Auteur de nombreux livres et articles en paléographie grecque médiévale et en histoire des manuscrits byzantins, grand helléniste et chercheur infatigable, Mgr Canart fut membre de l’Accademia dei Lincei, du Comité international de paléographie grecque, du comité de direction de la revue Scriptorium. Il avait été tout récemment décoré comme Officier de l’Ordre de Léopold à Rome. La disparition de Mgr Canart constitue une perte immense autant qu’elle désole ceux qui l’ont connu et fréquenté, et qui ont bénéficié de ses généreux conseils, de son érudition et de sa disponibilité.

Voir Cesare Pasini, Il bizantinista detective. Paul Canart alla Biblioteca vaticana, L’Osservatore romano, 16/9/2017.

Annick Peters-Custot

Paris Gounaridis (1947-2017)

Né à Athènes en 1947, Paris Gounaridis étudia à Paris où il soutint en 1983 une thèse de doctorat à l’Université de la Sorbonne sous la direction d’Hélène Ahrweiler sur le thème : Pratique politique et discours politique dans l’État de Nicée (1204-1261). Il fut, à l’École pratique des hautes études, l’étudiant de Nicolas Svoronos dont il publia de façon posthume à Athènes le livre des Novelles des Empereurs macédoniens (1994) ; sa longue préface témoigne du dévouement et de l’admiration qu’il portait à son maître. Devenu chercheur à l’Institut des études byzantines du CNRS grec (EIE), il enseigna l’histoire à l’Université de Crète puis à l’Université de Chypre. Depuis l’an 2000, il avait rejoint comme Professeur le département d’histoire, d’archéologie et d’anthropologie sociale de l’Université de Thessalie (Volos). Ses travaux portèrent sur l’idéologie politique, le monde rural (Η θέση του χωρικού στη βυζαντινή κοινωνία, Athènes 1998) ou encore l’Église et ses hérésies : il laisse notamment l’une des rares études sur le mouvement des Arséniates (Τὸ κίνημα τῶν Ἀρσενιατῶν, 1261-1310, Athènes 1999). Très actif au Mont Athos, il donna dans la collection Byzantina Symmeikta les catalogues des archives du monastère de Karakallou (vol. 1, avec K. Chrysochoïdès, 1985) et, pour la période postbyzantine, de Xèropotamou (vol. 3, 1993). Enfin, parfait francophone, il était heureux de répondre aux sollicitations de ses jeunes collègues de l’École française d’Athènes (dans Nommer et classer dans les Balkans, éd. G. de Rapper et P. Sintès, Athènes 2009). Il s’est éteint le 11 juillet 2017. Sa disparition semble à tous si précoce.

Olivier Delouis

Hélène Antoniadis-Bibicou (1923-2017)

Nous avons appris le décès d’Hélène Antoniadis-Bibicou, ancienne membre du CFEB, le 13 juin 2017 à l’âge de 94 ans. Née en 1923 à Athènes, elle rejoint en 1940 les rangs de la Ligue des jeunes communistes de Grèce (OKNE) puis, sous l’occupation, la résistance au sein du Front de libération nationale (EAM) ; à ce titre, elle fut l’un des membres fondateurs de la section du Pirée de l’Organisation de la jeunesse unie panhellénique (ΕΠΟΝ). Écrivant dans un journal clandestin, La jeunesse d’Athènes, elle s’inscrit dans le même temps à l’Université d’Athènes (département d’histoire et archéologie) où, marquée par la rencontre de D. Zakynthinos, elle est diplômée en 1945. À la libération, elle prend part à la fondation de l’Union Franco-Hellénique des Jeunes et obtient avec l’appui d’Octave Merlier, directeur réinstallé de l’Institut français d’Athènes, une bourse du gouvernement français qui lui permet de fuir la guerre civile et de s’installer à Paris en 1947. Étudiante dans un premier temps à l’EPHE (IVe section), elle intègre le CNRS en 1951, et à partir de 1955 elle fréquente assidûment les séminaires de Paul Lemerle à l’EPHE aux côtés de quelques compatriotes, tels Nicolas Svoronos ou Hélène Glykatzis [Ahrweiler]. Elle y présente régulièrement le fruit de recherches qui ne donneront pas forcément lieu à des publications. Elle rejoint ensuite la fameuse VIe section de Fernand Braudel à l’EPHE (devenue EHESS en 1975), lequel exerça sur elle une influence décisive. Elle y anime à partir de 1965 un séminaire d’« Histoire économique et sociale de Byzance et de la Grèce moderne » dont l’activité se maintiendra sur près de 30 ans. Elle publie en 1963 son maître-livre, Recherches sur les Douanes à Byzance, dans la collection des Cahiers des Annales qu’il dirige. Durant la période de la dictature des colonels en Grèce, fidèle à ses engagements politiques, elle est choisie comme secrétaire générale du Mouvement gréco-français pour une Grèce libre que préside Roland Dumas. Son mari Antoine Antoniadis est alors le correspondant parisien du journal grec Le Radical (Rizospastis) émanation du Parti communiste hellénique (KKE), et à la mort de celui-ci, en 1983, Hélène Antoniadis-Bibicou en devient à son tour la correspondante jusqu’en 1991. On relèvera encore, aux côtés de ses multiples activités éditoriales et associatives (Cahiers Pierre Belon, Association internationale du Sud-Est européen avec André Guillou, etc.), dans la liste de ses publications byzantines peu nombreuses mais portant à la fois sur l’économie (prix, salaires), la fiscalité, la démographie, l’habitat, l’enfance, ou la marine byzantine, un volume collectif insolite sur le Féodalisme à Byzance paru en 1974 dans la collection des « Recherches internationales à la lumière du marxisme », où plusieurs contributions d’historiens de pays communistes recevaient leur première traduction française. Des Mélanges lui ont été dédiés en 2007 sous le titre Byzantina et Moderna (éd. G. Grivaud et S. Petmezas) où contribuèrent de nombreux élèves ayant soutenu sous sa direction des thèses d’histoire contemporaine. Elle a été inhumée au cimetière de Zographou à Athènes le samedi 17 juin 2017.

Olivier Delouis